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Dès la rentrée Pascal m’avait vivement conseillé de lire « L’art de perdre » d’Alice Zéniter. J’ai laissé passer plusieurs semaines avant de m’y plonger parce que je ne suis pas à l’aise avec le sujet – la guerre d’Algérie et le problème plus spécifique des Harkis. J’étais en train de le terminer lorsqu’il a été couronné par le Goncourt des lycéens. Mais quand bien même il ne l’aurait pas été, c’est un très beau roman. C’est même beaucoup plus que cela. 

Le prologue nous permet de faire connaissance avec Naïma, le double d’Alice Zéniter, et de remonter avec elle le fil des événements jusqu’aux prémices de la « guerre » d’Algérie. L’auteur analyse les faits, les situations, les individus, les prises de position de chacun avec une très grande finesse et beaucoup de sensibilité. Elle parle des « algéries » que la France va tenter de transformer en Algérie, d’un territoire clanique qui a « des » histoires. Et l’on s’engouffre sans peine dans ce pan d’Histoire à la suite d’Alice Zéniter qui écrit si bien.

Apparaissent alors dans ce contexte les membres de la famille dont les principaux sont Ali le grand-père, puis Hamid le père. Le grand-père laisse transparaître une personnalité complexe, pétrie à la fois par le destin qui lui a permis de faire fortune et par sa croyance que tout est écrit, malmené par des situations historiques auxquelles il ne sait pas comment réagir pas plus qu’il ne sait réagir aux engagements différents que prennent certains membres de son entourage. Si rien n’était évident en Algérie, rien non plus n’est évident une fois une partie de la famille réfugiée en France. Hamid, le père, choisit pour sa part d'opposer le silence aux questionnement de ses proches et même après le voyage de Naïma sur les « lieux originels de l’épopée familiale », rien ne pourra l’obliger à se souvenir.

Au delà d’une saga familiale, Alice Zéniter fait un fabuleux travail d’historienne, de journaliste, de sociologue, d’ethnologue porté par une magnifique écriture romanesque qui vous tient en haleine jusqu’à la fin. Merci Pascal pour ce conseil de lecture !!