Le Sanglier

Pascal, mon libraire, me dit : « Voilà un roman génial impossible à vendre ! ». J’ai entre les mains «Le Sanglier», le dernier roman de Myriam Chirousse aux éditions Buchet-Chastel. Quand je lis la quatrième de couverture - « A partir de rien, ce jour là, tout va de travers » -  je me dis, il va y avoir un suspense intolérable jusqu’à l’acmé que l’éditeur se refuse à me dévoiler. Eh bien pas du tout ! Me voilà en compagnie de Carole et Christian, ensemble depuis quelques années,  qui ont  choisi de vivre assez loin des centres urbains et qui, pour quelques heures, quittent leur campagne, le temps de faire le ravitaillement et de rendre visite à la grand-mère de Carole. Scènes de la vie ordinaire. Myriam Chirousse passe au crible leurs faits et gestes : observation,  dissection, description du couple au réveil, en voiture, au distributeur de billets, sur le parking de la grande surface,  chez le traiteur chinois, etc.,  etc.,  etc. Elle ne m’épargne rien et n’épargne pas non plus ses héros. Je ne suis plus en train de lire, je suis penchée sur  un microscope et  je les  vois s’agiter entre deux lamelles de verre ! Ce ne serait pas un peu ennuyeux, voire déprimant ? Non. C’est même assez drolatique, avec quelques jolies formules comme « la tectonique usée du matelas » ou « l’orthodontie sociale » et des dialogues laconiques qui  font jaillir des images de films, des scènes de sketches. Au fil des pages, Carole et Christian prennent une épaisseur particulière que les affres de la vie quotidienne avaient jusque là cachée. Myriam Chirousse, avec une grande sobriété d’écriture, cisèle le portrait d’un couple ordinaire héros du XXIème siècle. Un joli petit morceau de comédie humaine ! Alors, quand vous passez chez Pascal, n'oubliez pas de lui demander « Le Sanglier »…